Ce matin réveil difficile, par la fenêtre perce un ciel maussade, course entre les gouttes de pluie...Qu'à cela ne tienne! La bonne humeur en bandoulière, le sourire à l'intérieur et la motivation par-dessus tout! Avant-dernier jour en Allemagne, profitons-en! Qui plus est après 18 mois en Ecosse la pluie ne me fait plus peur, le vent c'est monnaie courante et le ciel gris fait partie du décor! Après quelques cafés, en route donc, pour Heidelberg. Rien de simple, je vous passe les profondes lamentations devant cet automate qui refusait de vendre les billets de train, les guichets fermés et la contrôleuse qui essaye vainement de m'expliquer dans une langue tout droit venue de Pluton que mon billet n'est pas valable pour ce train -ce que je sais déjà. Bref, Offenbach, Francfort, Mainnheim et enfin Heidelberg. Je n'y croyais plus!
Heidelberg, ça sonne comme un poème! Berceau du romantisme, nombres de poètes, écrivains, peintres, philosophes en mal d'inspiration ont arpenté les rues de la charmante, le "chemin des philosophes" fût le témoin des réfléxions de Goethe et les allées médiévales ont pû apprécier le génie de Brahms...j'étais conquise, impatiente de découvrir celle que l'on présente comme la plus jolie ville du sud de l'Allemagne- ce qui est très certainement le cas mais que je n'ai pas vraiment eu le loisir de vérifier!
Sortie de la gare, la pluie est glaciale, le ciel menaçant, nous avons longuement, très longuement arpenté des rues "hors plan" et la motivation a commencer à se dissoudre dangereusement "j'ai froid-j'ai faim-j'ai mal à la tête-j'suis fatiguée-quand est ce qu'on arrive?..." NON!!! Cela dit, nous étions bel et bien perdues au beau milieu d'une zone industrielle grise (qui aurait aussi bien pû se trouver au fin fond de la profonde Russie perdue au bout du monde), désertique en ce dimanche de décembre, le nez rougi par le froid,il pleuvait, le vent soufflait et semblait chercher à nous faire jouer un remake de Mary Poppins, et le "hors plan" avait quelque chose d'assez désespèrant!
Lorsque enfin nous avons passé les portes du vieux centre, nous avons découvert Heidelberg, le marché de noël encore et toujours plus beau que les autres, les illuminations et les odeurs de gauffres...Le château scintillant magistralement au dessus de nos têtes. Ici, au coeur des montagnes noires et de la forêt assortie, la charmeuse s'est révélée ensorceleuse! Nous avons longé les rives du Nektar et le divin est apparu! L'harmonieuse ville était là, le vieux pont et ses statues, les églises enrobées se conjuguant aux tavernes animées, les sapins embaumeurs aux patisseries aguicheuses...On s'était perdu et l'Allemagne nous a retrouvé! Jolie promenade, le froid vivifiant, la pluie a enfin cessé et le ciel marine s'est éclairé. Le temps est passé trop vite, déjà le caroussel fredonne au loin, les badauds continuent de siroter leur chocolat chaud en grignotant des cacahuètes caramélisées, les illuminations disparaissent et le train s'enfonce dans un paysage invisible en bercant les âmes fatiguées...
Heidelberg,Francfort, Offenbach, nous voici rentrées, un petit peu l'impression d'avoir raté la journée, d'avoir gâché le peu de temps que l'on avait, mais au fond, l'Allemagne c'est aussi ça, les artères déshumanisées, les zones industrielles moches, les fils électriques pas enterrés, les rues en travaux, même la plus romantique des villes n'y échappe pas, cette partie qu'on ne montre pas aux touristes, cette zone cachée par un "hors plan" voisine de la jolie place pavée décorée de vert, de rouge et de doré, parfumée et animée; après tout, on a marché, on a rigolé, on s'est remotivé et puis on est rentré fatigué, peut-être un peu enrhumé mais contente de notre journée. Heidelberg restera très certainement dans la mémoire des protagonistes autre chose que la mignonette médiévale où les plus brillants artistes ont révélé leur talent, autre chose que la charmeuse endimanchée pour s'imprégner de la magie hivernale mais elles ne l'oublieront pas!
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Heidelberg